30 septembre 2008
Célàquifoetre, c'est sur !
Avant mai 2008, je n'ai jamais vu un bateau mouiller devant l'ile de Saboga. Les nobles navigateurs tourdumondiste passant par les Perlas, arrive entre Contadora et Saboga, et, dans la méconnaissance du coin, mouillent là ou il y a d'autres bateaux, c'est à dire devant la playa Hejecutiva en saison des pluies. Réflexe logique et naturel dans un coin ou les récits poussent de partout.
Depuis mai 2008, il n'est pas rare de voir un, deux trois, voir tous les voiliers de passage devant l'ile de Saboga.
D'où vient ce changement de préférence alors qu'aucun guide à ma connaissance n'a jamais parler de ce mouillage ?
Et bien je doit dire humblement que c'est un peu ma faute. J'ai déménagé à Saboga en mai dernier, et Kouros trône noblement devant mon terrain, dans une baie calme et belle comme une carte postale.
Quel rapport ?
Hé bien il n'est pas rare que le noble navigateur de passage arrive entre Contadora et Saboga, et aperçoit un seul voilier au mouillage : Kouros.
« Si lui il est là, c'est là qu'il faut être », ce disent-il, et voilà un, puis deux, puis trois voiliers dans la baie, devant le village, et devant les yeux étonnés des villageois qui n'ont jamais eu que la compagnie des Camaroneros et des Lanchas locales.
L'homme est un animal social, et il est naturel, et inévitable que la tendance du solitaire soit au regroupement avec ses congénère quand il en a l'occasion.
Ce qui est drôle parfois, c'est que ce comportement fasse oublier les réflexions les plus élémentaires du monde marin.
La baie de Saboga est très peu profonde, Kouros peu y rester car c'est un dériveur, et encore, parfois avec quelques centimètres seulement sous la coque à marée basse. Nous avons couramment un maréage de 5 à 6 mètres dans le coin, sans parler des grandes marées qui peuvent atteindre 7 mètres.
L'autre soir, un beau quillard d'au moins 17 mètres a du se dire : « Si lui est là, c'est là qu'il faut être », et oubliant sans doute de regarder son sondeur ou sa table des marées, il est venu se poser à quelques mètres de Kouros.
Je me suis dit qu'il devait faire une simple halte, car il ne risque pas de tenir à marée basse. Mais que neni, « célàquifoetre ! », et il c'est installé pour la nuit.
Mais le soir venu, branle bas de combat, quand la quille a commencé à caresser les cailloux d'un grincement lugubre.
Démarrage moteur, rangement en catastrophe du cockpit, et départ précipité pour des fonds plus accueillants.
Ce spectacle n'est pas rare, ici, et de partout dans le monde, il suffit d'être dans un endroit désert pour voir arriver un compagnon qui se pose quasi sur notre ancre. C'est mignon, parfois énervant, parfois dangereux, et parfois rigolo comme mon navigateur distrait de l'autre soir.
Messieurs et Dames navigateurs(trices) adeptes du « célàquifoetre », sans vouloir porter atteinte à vos compétences, il est possible que vous passiez parfois pour des imbéciles en étant un peu plus original, mais vous ne laisserez aucun doute à ce sujet en suivant bêtement le premier venu.



